tu as un personnage principal, un dilemme majeur, une action forte, une arène qui déchire – et que tout ça tient clairement en deux ou trois phrases.

J’exagère. Il ne suffit pas de ces éléments. Cependant, à force de lire des projets, je remarque qu’il faut du temps pour faire naitre un concept. Qu’il ne suffit pas d’avoir une arène ou des personnages.
Qu’il ne suffit pas non plus d’avoir des tas d’éléments compliqués assemblés les uns avec les autres.
Par exemple. Je veux écrire une histoire (film ou série) à propos d’un scandale sanitaire. C’est une idée.
Je veux écrire une histoire sur une jeune femme contaminée à la suite d’un scandale sanitaire, à qui il ne reste que quelques mois avant de perdre l’usage de ses membres et qui veut se venger de ceux qu’elle estime responsables de son sort. Ca commence à ressembler à un concept.
Il me manque encore de raconter comment elle va se venger – ou au moins en donner le principe. Tout comme exposer quels seront les grands rebondissements de cette histoire.
Imaginons qu’elle veuille procéder légalement – et qu’elle intente un procès : elle vise une multinationale. Hélas, elle n’a pas les moyens de payer la batterie d’avocats qui lui permettrait de se faire entendre. Elle monte une association de victimes.
Aucun décideur n’est reconnu coupable personnellement. Et la multinationale est dépecée dans une opération financière opaque. Tout le monde est viré. Il n’y a plus de responsable.
On s’aperçoit alors que les victimes de la contamination présentent des signes de mutation – et qu’elles ont développé un virus contagieux et mortel. Elles sont donc mises en quarantaine – dans un endroit top secret.
Sauf la jeune fille qui réussit à disparaitre – mais qui risque de provoquer la mort de tout un tas d’innocents en cherchant à se venger. (A la fin, qui est le plus méchant? ceux qui ont mal fait leur travail dans la grosse multinationale ou la JF vengeresse?)
La JF devient l’ennemi public n°1 et une cible pour tout un tas de terroristes qui aimeraient récupérer son ADN.
Il faudrait continuer à creuser, donner une suite qui impose des dilemmes forts à la protagoniste, qui fasse grossir ses ennuis et ses enjeux, et aboutir à une fin en apothéose. Et puis s’assurer qu’il y a toujours une cohérence dans l’escalade de situations, qu’on parle bien toujours de la même chose, qu’on ne finit pas avec des petits hommes verts qui débarquent de Mars, alors qu’on voulait parler de la collusion entre le politique et l’économique.
Tout cela ficelé, s’en dégagerait une arche de transformation pour la protagoniste.
Alors, peut être, on pourrait extraire de ce premier travail de défrichage un concept – qui donnerait une idée de l’aspect sériel (bouclé, feuilletonnant, durée et nombre des épisodes).
Ca me permet de revenir à ma proposition initiale. Tu sais que tu tiens un concept, quand tu as un personnage fort (ou groupe de personnages), une arène riche de rebondissements et intrigante, des enjeux incarnés dans ton ou tes persos, de la matière pour nourrir une série et une fin!
Trop souvent, je lis des projets qui se limitent à un point de départ plus ou moins dense et à des intentions de développement trop vagues pour être enthousiasmantes. Ne pas creuser suffisamment ses idées, c’est aussi prendre le risque d’être retoqué pour « fausse bonne idée » (risque nettement réduit quand on arrive à proposer un concept bien ficelé.)
Après, on peut distinguer les « low concept » des « high concept« . A chacun-e d’étudier ce qui existe et d’en tirer un enseignement pour sa propre écriture!
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