Dernièrement, j’ai demandé aux étudiants du master de scénario de faire une fiche de lecture sur le travail de leurs prédécesseurs. Plusieurs m’ont dit se sentir illégitimes, et embarrassés.

Qu’est ce que la légitimité ?

C’est d’abord une notion de droit. Légitime défense. Enfant légitime. Monarchie légitime. La définition est complexe. On parle d’action dument autorisée et reconnue par un cadre légal. D’après l’encyclopédie universalis, le concept évoque le fondement du pouvoir, et la justification de l’autorité qui lui est due.

Mais dans la sphère intime, il s’agit d’autre chose. Se poser la question de sa propre légitimité revient à se demander : suis-je à la hauteur…

 

Quand je fais une fiche de lecture, je donne mon avis sur un texte et si je ne me vois pas comme un expert, je peux me questionner : comment justifier l’autorité qui est due à ce pouvoir de critiquer ?

En écrivant ces lignes, j’ai l’impression d’utiliser une lentille déformante. En effet, si on part de l’autorité de la fiche de lecture, il est bon de se dire qu’elle est toute relative. Quand il s’agit de donner un avis gratuit et bienveillant à une autrice sur son texte, cela n’implique aucun exercice d’une quelconque autorité. C’est l’expression d’un ressenti, plus ou moins articulé d’après des outils de dramaturgie. Libre à l’autrice d’en faire des confettis si elle le souhaite. Personne n’en sera affecté.

Cela me questionne sur l’idée qu’on se fait du pouvoir de nos mots : craint on qu’ils blessent ou qu’ils vexent ? Utiliser des tournures neutres, sans jugement de valeur, faire référence aux émotions ressenties, aux moments d’ennui ou d’excitation à la lecture, bref, parler de son expérience de lecteur / lectrice devant le texte, c’est d’abord parler de soi. Charge à l’autrice de comparer le résultat de cette lecture à ses attentes.

Mais ensuite, comment donner des pistes de réécriture ? On s’engage là dans le délicat travail de l’autrice ?

Tout est peut être question de formulation. Tout lecteur ou toute lectrice souhaite que son travail soit utile aux auteurs. Dans ce cas, ouvrir plutôt que fermer, proposer plutôt qu’affirmer, questionner plutôt que juger, et finalement, mettre en valeur ce qui fonctionne bien, comme forces du texte.

Faut-il être un expert pour penser ? Faut-il être scénariste ou producteur pour être lecteur ?

Peut être avoir une fonction clairement reconnue donne un sentiment de légitimité. Dans le cas courant où cette fonction n’est pas reconnue, annoncer son intention, ou sa mission, en tout début de conversation ou de document, permet de donner un cadre à son propos, et dans bien des cas, d’en asseoir la légitimité. Chacun sait d’où je parle, ce que je souhaite faire, et comment je m’y prends.

« je me suis ennuyée de la page 35 à la page 65. J’ai cherché pourquoi, et j’ai eu l’impression que ça venait de l’absence d’enjeux clairement identifiés. En effet, il me semble que la situation se répète au cours de ces pages, sans qu’il y ait de progression dramatique, et sans que je puisse saisir ce que les personnages ont à perdre ou à gagner… » « Tu pourrais peut être préciser les enjeux dès la page 35, ainsi on pourrait trembler pour tes personnages et se sentir vraiment concernés par leurs choix et leurs actions. Ce serait d’autant plus fort qu’on s’est attaché à eux dans la première partie de ton texte. »

Qui peut critiquer la légitimité de cet avis ?

J’entends pourtant, parfois, quelques auteurs tempêter contre les lecteurs qui ne comprennent rien, contre les comités qui n’ont pas saisi les nuances ni la profondeur de leur prose. Il serait plus juste de penser que le texte n’a pas rencontré son public – puisqu’il y a sans doute un public pour chaque œuvre.

Je sais toute la difficulté pour des auteurs à se sentir légitimes – et le besoin afférent d’être reconnus, encouragés.

9782348043468

Je crois bien que le principal fondement de la légitimité réside dans l’estime et la confiance qu’on place en soi-même.

Il n’y a pas de recette miracle pour un jour se sentir complètement légitime dans ce que l’on fait. Cependant, de nombreux exercices fleurissent sur le web pour apprendre à lutter contre le syndrome de l’imposteur :

  • Trouver ce qui nous distingue des autres: il est important de comprendre quels sont vos points forts. Prenez le temps de les lister, au besoin à l’aide de proches et de collègues.
  • S’autoriser à échouer: …. et dans le pire des cas, on échoue ! Accepter l’échec permet de le dépasser. Tout le monde a déjà rencontré l’échec, même les meilleurs. Il y a toujours du positif à tirer de chaque expérience : comme l’a dit Nelson Mandela : « Je ne perds jamais. Soit je gagne, soit j’apprends ».

original

C’est que la légitimité est affaire à la fois de moeurs, de logique, de morale, d’utilité, de contexte, de qualité des personnes. Peu de concepts sont autant surdéterminés et difficiles d’usage.

Pour aller plus loin sur la légitimité : http://www.dialogon.fr/articles/que-signifie-etre-legitime-/

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *