
J’ai pris l’option, dans mon travail de partage d’expérience avec les étudiants du Master 2 de Nanterre, de proposer des exercices d’écriture avec des contraintes et des points de départ diversifiés. J’ai donc chaque semaine un travail conséquent de lecture / relecture.
Depuis trois ans, je m’interroge quand je reçois des propositions vraiment en dehors des consignes données, l’exercice est-il utile pour l’étudiant-e qui rend un récit trop court, peu articulé, parfois sans queue ni tête, ou simplement, qui n’a pas incorporé les consignes de base dans sa proposition d’histoire?
Ce qu’il faut souligner, c’est que la contrainte libère l’imagination.
Dans mon histoire personnelle (lycée « d’excellence » et classe prépa), il a beaucoup été question d’être « le meilleur » – ce qui s’apparente souvent, je crois, à « être le plus et mieux adapté » voire soumis. J’ai donc peine à recadrer les étudiants sur la seule raison qu’ils ou elles n’ont pas respecté les contraintes fixées.
Mais la question de l’utilité de l’exercice proposé reste entière.
Apprendre à écrire des scénarios – c’est à la fois une ambition démesurée, et une preuve d’humilité. C’est être capable de se dire qu’on ne détient pas la clé du succès, et se donner les moyens pour mettre en conscience ce qui fait qu’un récit fonctionne et qu’il est adapté à une industrie (audio-visuelle).
Alors?
Respecter une date de livraison, est ce optionnel? Parfois. Mais pas toujours. Ca peut par exemple causer des problèmes de financement (que faire si on rate la date de la commission? Qu’on délaie l’énergie? Qu’on concurrence ainsi d’autres projets prévus pour des livraisons ultérieures?) C’est aussi dire implicitement qu’on est flexible sur la date de paiement du travail accompli…
Ne pas respecter une contrainte – proposer un court métrage à la place d’un long métrage, de multiples décors au lieu des 3 décors clés, un drame à la place d’une comédie, un dossier incomplet, cela peut avoir des conséquences néfastes sur la vie du projet, et donc sur la vie du scénariste.
Alors quoi?
Dans mon parcours, il fallait « apprendre à oser », et c’est sûr qu’il faut un certain cran pour mettre de côté des consignes et « n’en faire qu’à sa tête ».
Cela a t il vraiment un sens dans le cadre d’une formation d’écritures audiovisuelles?
Je pense que oui, mais uniquement si la proposition faite par l’étudiant-e est plus forte, plus intéressante, plus bouleversante qu’elle n’aurait été en suivant les consignes.
A force de lectures, je ressens que souvent les auteurs pèchent par autosatisfaction. Statistiquement, il me semble plus juste et plus sain de n’être pas facilement satisfait de ce qu’on écrit – de chercher toujours, de ne pas hésiter à réécrire. Et de se plier à un certain nombre d’exercices d’assouplissement, pour acquérir un savoir faire qui ne doive rien au « talent ».
Cette démarche là aboutit : j’ai vu de nombreuses autrices et auteurs, talentueux, porter des projets plusieurs années, et les voir aboutir surtout à force de ténacité et de travail.
Comme par exemple, le très beau « TRACES » de Sophie Tavert* et Hugo Frassetto, ou le très émouvant « les pissenlits par la racine » de Michel Pontvianne* et Céline Dupuis.
* Sophie Tavert et Michel Pontvianne sont membres du plus ancien collectif de scénaristes (2004!) – Prémisses – à Lyon.
QUELQUES JEUX D’ECRITURE (non audio-visuels)
Support littéraire :
Jouer avec les poètes, 200 poèmes-jeux inédits, réunis par J.Charpentreau, Hachette Jeunesse (Fleurs d’encre), 1999.
Le lipogramme
Ecrire un court récit (ou un autre type de texte) en respectant la règle suivante :
une lettre de l’alphabet, au choix, mais de préférence une voyelle, ne doit jamais être utilisée.
Le texte “initiale” ou tautogramme
Ecrire un texte (court récit, ou autre type de texte) en respectant la règle suivante :
tous les mots du texte commencent par la même lettre.
NB : pour rendre plus facile ce jeu, on peut exclure de la règle les déterminants et les prépositions.
Le texte nombré
Ecrire un court récit (ou autre type de texte) en respectant la règle suivante :
dans chaque phrase du texte apparaît un nouveau nombre dans l’ordre de la numération (phrase 1 : un; phrase 2 : deux; …)
La lettre imposée
Ecrire un court récit (ou autre type de texte) en respectant la règle suivante :
chaque mot du texte devra obligatoirement comporter une, deux ou plusieurs lettres semblables.
Le texte “alphabet” ou abécédaire
Ecrire un court récit (ou autre texte) en respectant la règle suivante :
les mots du texte se suivent en ordre alphabétique (1er mot commence par A, 2e mot par B …)
Les adverbes
Rédiger un texte (court récit ou dialogue) en utilisant un adverbe dans chaque phrase.
Pour en faire un texte drôle, il suffit de chercher à rapprocher l’adverbe d’un autre mot de la phrase.
exemple : vous n’avez pas vu le feu rouge ? dit vertement l’agent.
Le texte S + x
Choisir un texte (article de journal, fable, récit …) et substituer à chacun de ses substantifs
le x ème (x = 5,6,7) substantif qui suit dans un dictionnaire.
Le texte définitionnel
Prendre un texte très court (brève de journal, proverbe …) et substituer à chaque substantif
sa définition du dictionnaire.
On peut faire la même opération dans le même texte ensuite avec les verbes, les adjectifs.
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